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Des biens au service des liens : la parole à Bernard Devert

Habitat et Humanisme permet aux familles et aux personnes en difficulté d’accéder à un logement décent à faible loyer, et de bénéficier d’un accompagnement favorisant l’insertion. Avec l’appui de la Fondation d’entreprise VINCI pour la Cité, des femmes et des hommes de VINCI Construction France sont engagés auprès du mouvement dans des actions associatives sur l’ensemble du territoire. Bernard Devert, président et fondateur du mouvement, revient sur le « pouvoir d’agir » de chacun et évoque le rôle que VINCI Construction France, à l’instar de ses confrères du BTP, peut jouer dans la lutte contre le mal-logement et en soutien à l’économie sociale et solidaire.

Des biens au service des liens : la parole à Bernard Devert
Bernard Devert, président et fondateur d'Habitat et Humanisme © DR Habitat et Humanisme 

Quels sont les piliers de l’action conduite par Habitat et Humanisme ?

Bernard Devert : Habitat et Humanisme agit en faveur du logement, de l’insertion et de la recréation de liens sociaux. Depuis la création du mouvement il y a trente-cinq ans, près de 24 000 familles ont été logées et accompagnées. Aujourd’hui, nous gérons 8 800 logements dont une moitié nous est propre et dont l’autre moitié nous est confiée par des propriétaires privés et publics. Nous possédons également 40 Ehpad qui, à eux seuls, représentent 1 550 salariés. Ces derniers mois, alors que le corps social était en souffrance, en raison d’un virus aussi invisible que destructeur, ce sont eux, soignants et aidants, qui se sont levés et ont relevé la Société en lui offrant une solidarité se révélant un sillon d’espoir. Ne furent-ils pas dénommés, non sans pertinence, l’armée blanche qui nous sortit de l’ombre ?

Habitat, mobilité, environnement, vivre-ensemble… VINCI Construction France est au cœur des enjeux du monde contemporain en « [faisant] œuvre utile », pour paraphraser la campagne publicitaire du groupe VINCI. En quoi cette ambition fait-elle écho aux valeurs du mouvement ?

Bernard Devert : En questionnant l’utilité de ses métiers au quotidien, VINCI Construction France s’interroge sur sa contribution positive à la Société. La question fait tout autant débat dans l’acte d’entreprendre, notamment avec la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation de l’Entreprise) promulguée en mai 2019 qui vise à resituer la place des entreprises dans la Société pour mieux prendre en compte les enjeux sociétaux et environnementaux. Si nous voulons que l’aujourd’hui prépare un autrement, le monde de l’entreprise se doit de mieux définir ses raisons d’être. C’est toute la question du sens qui est posée, suscitant une réflexion éthique et par là-même une orientation vers le bien. À force de le chercher, disait l’économiste Jean Boissonnat, on finit par y contribuer.

Comment réconcilier l’humain et l’urbain, l’efficacité économique et l’utilité sociale ?

Bernard Devert : Notre enjeu principal est de loger le plus de personnes en difficulté possibles. Chaque année, nous augmentons le nombre de logements à disposition, soit en construisant, soit en réhabilitant, soit en développant notre dispositif Propriétaires et solidaires. Nous proposons des logements adaptés à celles et ceux que nous soutenons : de l’habitat collectif pour les jeunes ou les familles monoparentales ayant besoin d’un lien social, des pensions de famille pour celles en grande difficulté psychologique, des maisons intergénérationnelles pour les personnes âgées les plus valides ou des Ehpad à taille humaine qui puissent être accessibles aux aînés les plus modestes.

Des biens au service des liens : la parole à Bernard Devert
Retrouver une place dans la société et que les autres la lui reconnaissent, voilà le soutien que peut apporter l’accompagnement de proximité à tout locataire ou résident d’Habitat et Humanisme. © Christophe Pouget / Habitat et Humanisme (photo prise en amont des plus récentes mesures gouvernementales liées à la crise sanitaire)

En quoi l’habitat peut-il être un vecteur de changement ?

Bernard Devert : Avant tout en favorisant la mixité sociale et en luttant contre la ghettoïsation. L’intuition fondatrice d’Habitat et Humanisme est de combattre l’homogénéité des quartiers traduisant le refus de l’autre qui n’est pas sans créer des abîmes avec ceux qui, confrontés à la fragilité, se perdent, jusqu’à connaître l’exclusion. Quelle différence au cours de ce confinement entre ceux qui avaient la chance de vivre dans un espace confortable dans des quartiers équilibrés et ceux confinés dans des « machines à loger » ! Là encore, au cours de cette crise sanitaire est apparu un déconfinement de la déchirure sociale. C’est pourquoi le mouvement privilégie les quartiers « équilibrés » afin d’instaurer une mixité sociale dans les zones tendues. La ville se doit d’être traversée par les différences : VINCI Construction France fait partie de ceux qui construisent des logements durables, qui rénovent en luttant contre la précarité énergétique pour donner vie à ces espaces de mixité.

Des biens au service des liens : la parole à Bernard Devert
En 2018, les appartements de l’ancien cloître des Capucins de Tours transformé en maison intergénérationnelle ont été aménagés avec l’appui de la Fondation d’entreprise VINCI pour la Cité. © DR Habitat et Humanisme

De quelle manière le groupe VINCI, à travers sa Fondation d’entreprise VINCI pour la Cité, soutient-il votre action ?

Bernard Devert : Chaque année, des hommes et des femmes de VINCI soutiennent nos projets via du mécénat ou des aides à l’aménagement de nos résidences. Depuis 2008, du mobilier a été offert, entre autres, à nos maisons relais près d’Aubagne, de Cherbourg, d’Angers, de Saint-Etienne ou de Nantes. En mars 2020, Adim Côte d’Azur et une filiale de VINCI Autoroutes ont permis le remplacement de kitchenettes dans les pensions de famille de La Forêt et La Forge situées à La Trinité, et les deux marraines de l’opération ont organisé un don de matériel informatique durant le confinement aux locataires les plus précarisés afin que les enfants puissent poursuivre leur scolarité à distance. Plusieurs soutiens pourraient également se concrétiser dans les mois à venir en Gironde, en Occitanie, en Savoie et dans les Hauts-de-France.

Quelles actions ont été menées plus spécifiquement pendant le confinement avec le soutien de VINCI Construction France et de la Fondation d’entreprise VINCI pour la Cité ?

Bernard Devert : Si le Covid-19 a tout arrêté, il a fait surgir un déconfinement de situations inacceptables, à commencer par l’absence d’un toit, d’un abri ou les ghettos fermant l’horizon des plus pauvres. Alors que de toute part il était rappelé l’obligation de rester chez soi pour se protéger du virus, des centaines de milliers de personnes étaient sans protection aucune, d’où le sentiment d’être des parias. Ce drame a été ressenti par ceux qui le vivaient comme une gifle pour ne compter pour rien, faute de n’avoir rien. Je ne suis pas prêt d’oublier cette maman venue de la rue avec son bébé de seize jours. L’impensable avait le visage d’un nourrisson ! VINCI Construction France et la Fondation, associés à d’autres mécénats d’entreprises, nous ont apporté une aide très significative pour offrir une hospitalité aux personnes confrontées à la rue. Avec l’appui de la direction opérationnelle Habitat Ile-de-France, nous avons ainsi pu abriter, du 20 mars au 1er juin 2020, 509 personnes sans domicile fixe, 115 à Lyon et 394 en Ile-de-France. À Lyon, nous avons ensuite mis en place un partenariat public-privé (PPP) nous engageant non seulement à accompagner l’hébergement, mais à le porter – pour partie – financièrement, forts du concours de VINCI Construction France et de la Fondation VINCI pour la Cité. Ensemble, nous nous sommes embarqués vers plus de solidarité, l’opération pouvant être comparée à une « arche de Noé » – si j’ose dire – infiniment plus petite, offrant à ceux confrontés aux tempêtes sociales une traversée vers des rives plus sereines.

VINCI Construction France donne l’opportunité à ses collaborateurs de s’investir dans des actions solidaires, mais après avoir traversé cette crise liée au Covid-19, comment faire en sorte que l’acte de bâtir devienne aussi un soin ?

Bernard Devert : L’acte du soin et du prendre-soin est désormais appréhendé pour ce qu’il est : un humanisme qui nous a tous interrogés et sans doute un peu changés, nous invitant à en être des acteurs dans ces « jours de l’après », suivant l’expression partagée. En juin 2020, Edgar Morin résumait magistralement les leçons du coronavirus dans un ouvrage paru sous le titre Changeons de voie. Des voies réformatrices traduisant un espoir qui n’est pas « certitude, mais un appel à prendre parti et faire pari ». Les femmes et les hommes de VINCI Construction France qui se sont engagés sont le témoignage de ce risque de renouveau. Les réponses trouvées, certes insuffisantes, balbutiantes mais réelles, brisent le scepticisme si démobilisateur.

Développer la créativité et l’inventivité, l’esprit d’entreprise et de nouveauté : voici un autre point de convergence entre Habitat et Humanisme et VINCI Construction France…

Bernard Devert : J’encourage toujours nos bénévoles et nos salariés à faire preuve d’innovation et à imaginer des solutions pour accueillir toujours plus de familles. C’est ainsi qu’Habitat et Humanisme a développé des outils économiques à vocation sociale, pour financer et pour mener à bien son action. Nous disposons d’une foncière et nous nous appuyons beaucoup sur l’investissement solidaire. Ouvrons les yeux, le temps de l’après n’est-il pas un réveil pour dire non aux situations déshumanisantes et se risquer à faire surgir du neuf ?

Pour en savoir plus sur les missions proposées ou l’épargne solidaire.

Chaque année, des hommes et des femmes de VINCI soutiennent nos projets via du mécénat ou des aides à l’aménagement de nos résidences.