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Casino et Palais des congrès d’Agde : témoignage de Bastien Cicorelli

Au Cap d’Agde, Sogea Sud Bâtiment a réalisé le gros œuvre du grand vaisseau blanc qui magnifie l’entrée de la plus grande station balnéaire de France. Avec Bastien Cicorelli, conducteur de travaux, retour sur ce chantier spectaculaire sous bien des aspects.
Casino et Palais des congrès d’Agde : témoignage de Bastien Cicorelli
© Sébastien Séchinffon / S2a Photos

Le nouvel ensemble architectural réunit deux grands équipements réalisés pour le compte de la Ville d’Agde, propriétaire et maître d’ouvrage. Comment les bâtiments de béton blanc et de verre s’articulent-t-ils l’un avec l’autre ?

Bastien Cicorelli : Cet ouvrage « deux en un » se compose en effet d’un établissement de jeux, le Casino (R+2) exploité par le groupe Barrière, et du Palais des congrès (R+4) avec une salle de conférences ou de spectacles, un espace dédié aux expositions et tous les services nécessaires à l’organisation d’événements. Le tout représente plus de 21 600 m2 de surface de plancher. Ces deux bâtiments de forme circulaire sont reliés par un socle commun en sous-sol, comprenant un niveau de parking enterré de 120 places, et par des passerelles aériennes montées sur des poteaux arborescents en Y. Dans cette opération en lots séparés, Sogea Sud Bâtiment a réalisé le lot n°2, à savoir les fondations, le gros œuvre des superstructures en poteaux-poutres, les passerelles et la charpente métallique. L’une des particularités de ce chantier démarré en décembre 2016 était qu’il fallait livrer le Casino bien avant le Palais des congrès. Défi relevé, puisque l’établissement de jeux a ouvert ses portes en juillet 2018 pour accueillir les estivants. De son côté, le Palais des congrès a été achevé début 2019 et inauguré le 25 avril 2019.

Pour cette construction baignée par la lumière méditerranéenne, l’agence montpelliéraine A + Architecture a dessiné deux volumes de béton blanc aux voiles courbes. Comment avez-vous mis en œuvre ce béton architectonique ?

Bastien Cicorelli : La réalisation de ces voiles de béton de grande hauteur, épais de 30 cm, a été le principal défi du chantier. Nous avions l’obligation de sortir une surface propre du premier coup, sans aucune reprise après le décoffrage. Pour cela, nous avons commencé par faire un prototype et par mettre au point une méthodologie avec le fournisseur de banches. Celles-ci ont été recouvertes d’une peinture époxy afin d’obtenir un rendu très lisse. Puis, les voiles de béton ont été coulés par tronçons de 7 m, pour réduire les reprises entre les banches. La qualité de finition a permis de conserver le béton blanc apparent. Une résille en acier thermo-laqué blanche, dessinée par l’artiste sétois Hervé Di Rosa, a été ensuite agrafée sur une partie des façades.

 

Casino et Palais des congrès d’Agde : témoignage de Bastien Cicorelli
© DR VINCI Construction France

Quid des charpentes métalliques mises en œuvre pour le Palais des congrès ?

Bastien Cicorelli : La toiture en béton est supportée par quatre poutres-treillis de 31 m de portée, avec des arases différentes – de 3,2 à 4,3 m – de façon à préserver la visibilité des 400 spectateurs placés en mezzanine. Quant aux gradins métalliques, ils sont eux-mêmes posés sur deux énormes poutres reconstituées et soudées (PRS) de 90 cm de haut en porte-à-faux. Mais l’opération la plus délicate n’était pas là. Nos équipes ont mis en place en surplomb du hall, une poutre en béton blanc de 55 m de long, courbe, rampante et inclinée, large de 85 cm et haute de 1,20 m, posée sur des poteaux arborescents en Y. Cette dernière soutient le mur de couronnement du bâtiment. Avec le bureau méthodes, les ingénieurs Structures et les équipes travaux, au rythme de nos réunions hebdomadaires, nous avons mis six mois à statuer sur la manière dont nous allions coffrer, couler puis décoffrer cet élément en toute sécurité et sérénité. Il a fallu ensuite six semaines pour couler la poutre en place, à 20 m du sol, sur un platelage incliné de 4 % au-dessus d’une série de poteaux de béton blanc en Y. Puis nous l’avons arasée et sciée. C’est une bonne illustration de l’implication de tous les acteurs – bureaux d’études, fournisseurs, équipes travaux, OPC, maîtrises d’œuvre, sous-traitants et co-traitants, architectes – qui ont été mobilisés et ont œuvré « main dans la main » pour réussir ce chantier.

Un mot sur les passerelles, ou plutôt la longue passerelle toute en circonvolutions qui relie les bâtiments entre eux et à l’espace public ?

Bastien Cicorelli :  C’est le dernier ouvrage que nous avons construit. Cette passerelle longue de 600 m pour 4 m de large, part du haut du Palais, où une structure métallique devrait abriter un restaurant gastronomique, s’enroule entre le Palais des congrès et le Casino, avant de se dissocier pour descendre doucement rejoindre la rambla qui mène au port de plaisance et enjamber une 2x2 voies pour rejoindre une piste cyclable. Elle est soutenue par 63 poteaux de béton ronds arborescents en Y d’une hauteur de 3,5 à 8 m.

Quel sentiment éprouvez-vous à l’issue de cette opération ?

Bastien Cicorelli : De la fierté d’avoir participé à la réalisation d’un ensemble qui vient marquer l’entrée de ville, tout en dotant la station balnéaire de nouveaux équipements pour l’aider à vivre aussi hors saison. Il s’agit d’une sorte de place piétonne en trois dimensions, entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite et aux vélos, qui offre à chaque niveau des vues panoramiques entre terre et mer. À deux pas des plages et du port, c’est en réalité un nouveau quartier qui sort de terre puisque le projet d’aménagement comprendra également des immeubles de logements, un hôtel et des commerces.