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Digue de Boé : le regard de Julien Tomasoni sur les ouvrages résilients

Pour mieux éviter les crues de la Garonne, la commune de Boé, dans l’aire urbaine d’Agen, s’est équipée d’un dispositif anti-inondation qui conjugue protection de la population et préservation du paysage. Trois questions à Julien Tomasoni, conducteur de travaux depuis cinq ans au sein de Saincry, l’agence locale de Sogea Sud-Ouest Hydraulique à Pont-du-Casse, qui a mené la réalisation de cet ouvrage.
Digue de Boé : le regard de Julien Tomasoni sur les ouvrages résilients
© Richard Nourry

Pourquoi la construction de cette digue était-elle nécessaire ?

Julien Tomasoni : L’ouvrage de Boé est l’épilogue d’une longue histoire, puisque cette digue constitue l’une des dernières phases d’un vaste programme d’investissements engagé au cœur des années 1980 par l’agglomération d’Agen, dans le but de protéger les populations riveraines des caprices périodiques de la Garonne. En 2002 par exemple, c’est un des villages voisins, Saint-Pierre-de-Gaubert, qui était protégé. La digue de Boé vient compléter le dispositif. Depuis toujours les habitants vivent avec le cours d’eau. L’objectif était de leur apporter une protection contre les crues trentennales, sans pour autant couper le lien avec le fleuve ni bouleverser le paysage. Nous avons donc réalisé un muret en béton armé qui ne dépasse pas 80 cm de hauteur, construit sur des palplanches métalliques. En cas de crue d’une intensité supérieure, un rideau de batardeaux amovibles pourra être installé sur les palplanches, afin de rehausser le niveau de protection à mesure que le fleuve montera en laissant si besoin le temps d’organiser des évacuations. En dehors de ces périodes, seul le muret sera visible et la vue sur la Garonne sera préservée.

En quoi consistaient les travaux pour les trois filiales contributrices de VINCI Construction France (Sogea Sud-Ouest Hydraulique, GTM Sud-Ouest TP GC et Cofex Littoral) et quels atouts les équipes ont-elles pu valoriser sur cette opération ?

Julien Tomasoni : Nous étions chargés de la démolition et de la reconstruction des réseaux pluviaux, du confortement d’ouvrages existants grâce à du béton projeté, puis de la mise en place de parois, du rideau de palplanches et de la construction du muret. Le chantier comprenait également la réalisation d’une digue en terre plus classique, en matériaux traités, et d’un bassin de rétention de 8 000 m3, construits par les entreprises boétiennes Tovo et Malet en sortie d’agglomération, en charge du terrassement. Pour reconstruire les réseaux pluviaux, nos experts canalisateurs ont travaillé jusqu’à quatre mètres de profondeur. Ils ont démoli les ouvrages existants aux points de passage du rideau de palplanches, puis rétabli les exutoires en construisant des chambres à vannes équipées de clapets de 1 500 mm, soit un diamètre plutôt inhabituel. Ces vannes murales obtureront les canalisations en cas de montée des eaux, afin d’éviter que celles-ci traversent le rideau de palplanches et remontent à la surface. Par ailleurs, nous avons travaillé à quelques mètres des habitations, la maîtrise des impacts était donc un gros enjeu pendant le chantier. Pour réduire les nuisances sonores, nous avons implanté les palplanches par vibrofonçage plutôt que par battage, et installé des bâches acoustiques sur le groupe d’alimentation et les machineries. Parallèlement, les bâtiments ont été équipés de capteurs de vibrations.

Quels ont été les principaux sujets de satisfaction, pour vous et pour votre client historique l’agglomération d’Agen ?

Julien Tomasoni : Nous avons étudié et proposé des variantes qui ont permis d’optimiser le projet. Le linéaire de palplanches a ainsi été réduit grâce à un nouveau tracé de la protection qui suit la route et non la rive du fleuve. En outre, le profil de ces palplanches a été modifié, au profit d’éléments plus légers et plus économiques. Le premier motif de satisfaction reste cependant la coordination des opérations. Nous avons mis en œuvre un phasage extrêmement rigoureux du chantier, ce qui a permis de réaliser le plus gros des travaux en un semestre au lieu des dix mois initialement prévus. Le tout sans interrompre la circulation et en maintenant les accès pour les riverains. Nous avons également fait preuve de réactivité en répondant à des demandes de dévoiement de réseaux avec des solutions qui n’ont pas retardé l’avancée des travaux. La synergie entre les filiales de VINCI Construction France a été un gros atout, mais l’excellente collaboration avec les deux entreprises locales fait également partie des points positifs. Cette opération attendue représentait un enjeu important car la protection contre les inondations est un sujet sensible et plus que jamais actuel. Dans le Lot-et-Garonne, nous travaillons habituellement sur des travaux d’assainissement, les réseaux d’eaux usées ou les stations d’eau potable – notamment les stations d’épuration (STEP) filtres plantés de roseaux – mais nous avons de plus en plus de chantiers de ce type. Nous savons que d’autres marchés vont suivre dans la région, et espérons bien capitaliser sur cette réalisation.