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Extension de l’Hôpital des Enfants du groupe hospitalier Pellegrin

Début 2021, VINCI Construction France a achevé le gros œuvre du nouveau bâtiment pédiatrique du site Pellegrin du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux. Directeur de l’ingénierie et de la transition énergétique de la Communauté de Communes du Grand Pontarlier, Pierre-Yves Siramy était directeur des Travaux et de la Stratégie patrimoniale du CHU jusqu’en février 2021. Il évoque pour nous les enjeux et les spécificités de ce chantier, dans un contexte de crise sanitaire qui conduit à repenser la manière de concevoir et de construire les bâtiments hospitaliers.   

Extension de l’Hôpital des Enfants du groupe hospitalier Pellegrin
Pierre-Yves Siramy, Directeur ingénierie et transition énergétique de la Communauté de Communes du Grand Pontarlier © DR Collection privée

Pourquoi avez-vous décidé de construire, dans l’enceinte du complexe hospitalier, un bâtiment neuf venant en extension de l’existant ?

Pierre-Yves Siramy : Cette opération d’extension et, pour partie, de restructuration de l’Hôpital des Enfants, répond à deux objectifs principaux. D’une part, il était nécessaire d’adapter l’outil hospitalier à une technicité et une organisation des soins qui ont évolué. Et d’autre part, nous avions besoin d’augmenter les capacités d’accueil face au dynamisme démographique de la métropole de Bordeaux et du territoire de la Gironde – pour un certain nombre de spécialités médicales, nous sommes le seul établissement de recours à l’échelle du département voire de la région et même de la grande région. L’extension, d’un peu plus de 10 000 m2, porte essentiellement sur les secteurs médico-techniques. Elle va accueillir une unité pédiatrique dernière génération sur trois niveaux principaux : les urgences au rez-de-chaussée dimensionnées pour 60 000 passages par an, un ensemble de huit blocs opératoires et un étage dédié à la réanimation et aux soins critiques. Une salle hybride permettra des opérations sous imagerie de pointe. Des liaisons ont été créées avec le bâtiment préexistant, tout le projet étant conçu pour améliorer la prise en charge et la fluidité d'un service à l'autre, des urgences à l'imagerie, des soins intensifs aux chambres d'hospitalisation. Par ailleurs la façade côté rue, très urbaine, très intégrée, va donner au nouvel ensemble et notamment au service des urgences pédiatriques davantage de visibilité et d’ouverture sur la ville.

Un hôpital est un objet hybride, qui tient à la fois de l’équipement industriel du fait de l’importance des process, et du bâtiment tertiaire voire de l’hôtellerie. Comment réussir à faire coexister ces différentes dimensions ?

Pierre-Yves Siramy : C’est en effet une spécificité des projets hospitaliers. Un hôpital est avant tout un bâtiment de process qui concentre à la fois une très forte technicité et énormément de flux à gérer. Mais c’est en même temps un lieu de vie, de prise en charge de patients dont le « métier » n’est pas d’être hospitalisés. Il faut humaniser cet espace de haute technicité où l’on reçoit des personnes en souffrance, a fortiori lorsqu’il s’agit d’une unité pédiatrique ayant vocation à accueillir des enfants. Cela nous oblige à conjuguer des approches qui sont, sinon contradictoires, du moins pas forcément convergentes à première vue. Même chose pour l’insertion urbaine, que nous essayons de travailler en dialogue avec la ville. Il faut pouvoir contrôler les flux, sécuriser les entrées et les sorties sans pour autant construire des forteresses. L’hôpital doit être un lieu sûr et néanmoins ouvert sur la cité, perméable, accessible. L’enjeu est de concilier ces logiques différentes pour aboutir à la synthèse la plus acceptable possible. Chaque projet exige beaucoup d’intelligence collective, d’expertises croisées, d’humilité aussi pour trouver les bons ajustements. De plus en plus on associe à la réflexion des urbanistes, des ergonomes, des acousticiens, des bureaux d’études pour simuler les problématiques de flux et de déplacements, des spécialistes des équipements médicaux, et bien sûr les représentants des utilisateurs à commencer par les soignants, afin de concevoir l’outil qui répondra à l’ensemble des problématiques. Ce nouvel hôpital pour enfants y parvient assez bien. Tant sur le plan des fonctionnalités que de l’insertion urbaine, la qualité du travail collaboratif a permis de mettre en œuvre des solutions intelligentes qui laissent présager d’une exploitation dans de bonnes conditions.

Extension de l’Hôpital des Enfants du groupe hospitalier Pellegrin
© Boris-Yvan Dassié

Une fois le projet défini dans ses grandes lignes, cette démarche de co-élaboration s’est-elle poursuivie avec VINCI Construction France en phase opérationnelle dans le cadre d’évolutions ou d’aménagements apportés au programme initial ?

Pierre-Yves Siramy : Il y a eu nécessairement certaines adaptations, toutefois le cahier des charges ne laissait guère de place aux modifications. D’abord parce que nous sommes dans un marché en conception-réalisation, un type de procédure qui ne permet pas d’avoir des appels d’offres travaux très ouverts pour les mandataires. Dès les phases de programmation il faut arrêter les choix et cadrer finement les invariants du concours, avant la passation du contrat qui sert ensuite à l’exécution. Par ailleurs l’opération que conduit GTM Bâtiment Aquitaine consiste en une extension d’un bâtiment en service avec une emprise de chantier réduite et des fonctionnalités contraintes car il fallait qu’elles aient du sens et de la cohérence par rapport à l’existant. L’organisation des services, les surfaces des différentes unités et même la stratification verticale du bâtiment sur ses différents niveaux – tous les principes étaient fixés en programmation. Sur la base de ce cahier des charges, l’intelligence du groupement mené par GTM Bâtiment Aquitaine a été de concevoir et de réaliser un équipement qui répond parfaitement aux prescriptions sur les plans fonctionnel, technique et architectural, tout en s’insérant harmonieusement dans son site urbain et dans son environnement. 

Un chantier en site occupé, qui plus est dans l’enceinte d’un hôpital en fonctionnement, oblige à des précautions particulières concernant la gestion des poussières, du bruit ou encore des circulations…

Pierre-Yves Siramy : Nous avons trouvé ensemble des solutions et les équipes de VINCI Construction France les ont rapidement mises en œuvre. Pendant les travaux de terrassement, afin d’éviter tout risque de contamination d’enfants hospitalisés via des particules volatiles, nous avons ainsi installé trois puissants brumisateurs : les nuages de gouttelettes projetés par ces appareils ont « précipité » les poussières en suspension tout en humidifiant le terrain. Des protections des sols par géotextiles et un arrosage des engins de chantier ont été mis en place dans le même but. S’agissant des autres impacts du chantier, les problèmes ont été d’emblée bien anticipés. Du fait du manque d’espace disponible il a fallu également gérer au plus fin les approvisionnements et les stockages sur site. D’une manière générale, GTM Bâtiment Aquitaine a fait preuve d’une souplesse et d’une réactivité dépassant largement le cadre contractuel.

Extension de l’Hôpital des Enfants du groupe hospitalier Pellegrin
© Denis Costille

Travailler avec VINCI Construction France n’était pas une première pour vous…

Pierre-Yves Siramy : Absolument, nous avons construit ensemble de 2013 à 2015 un bâtiment de 18 920 m2 sur cinq niveaux, regroupant les pôles de cancérologie et 11 laboratoires de biologie, pour le CHRU de Besançon. Deux filiales de VINCI Construction France, Verazzi et Campenon Bernard Franche-Comté à l’époque, avaient mené ce chantier en entreprise générale. C’est un chantier dont je garde un très bon souvenir, avec une équipe de constructeurs engagée et réactive. J’ai retrouvé cette même implication et cette qualité d’échange avec GTM Bâtiment Aquitaine cinq ans plus tard. Face aux sujets à enjeux – parmi lesquels, en 2020, la gestion des incidences totalement inédites de la crise liée à la pandémie de Covid-19 sur le déroulement du chantier –, il faut savoir sortir du formalisme et prendre de la hauteur pour chercher collectivement les solutions les plus efficaces. C’est une vraie chance d’avoir des interlocuteurs avec qui l’on peut travailler dans un tel état d’esprit !

Vous évoquez la crise sanitaire. Au-delà des aspects conjoncturels, celle-ci a mis en évidence les limites et parfois les insuffisances des structures hospitalières existantes. En quoi cela peut-il amener à changer la façon d’appréhender la construction de nouveaux établissements ?

Pierre-Yves Siramy : La réponse ne peut être seulement quantitative – construire davantage d’hôpitaux. Pour de multiples raisons je ne crois pas non plus à l’option qui consisterait à créer des unités voire des établissements complets mis en réserve et mobilisables en quelques jours en cas de nouvelle crise. Il est indispensable de travailler, et pour moi c’est là que doit résider la vraie évolution de nos conceptions, sur la modularité et l’évolutivité des espaces au sein des bâtiments. Nous devons pouvoir disposer partout d’unités hospitalières capables de s’autonomiser ou de « s’upgrader » en cas de besoin, par exemple pour faire de la réanimation. Il faut des unités réversibles et évolutives, à la fois dans la conception architecturale, dans les équipements biomédicaux, dans la formation des personnels et dans la dotation en consommables. Avec bien sûr un fonctionnement en réseau entre hôpitaux et avec les structures médico-sociales autour des établissements. C’est ce qui permettra d’apporter demain des réponses rapides et pertinentes à de nouvelles crises.

Il faut savoir sortir du formalisme et prendre de la hauteur pour chercher collectivement les solutions les plus efficaces. C’est une vraie chance d’avoir des interlocuteurs avec qui l’on peut travailler dans un tel état d’esprit !