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Jaurès-Petit : le regard de Delphine Poinsard

Paris Habitat est engagé à la fois dans la fabrique de la ville zéro carbone et dans le développement de l’offre de logements abordables en Ile-de-France. Appartements traversants, maisons de ville, structure et façades en bois : une réalité pour les nouveaux habitants de la résidence Jean Jaurès à Paris réalisée par VINCI Construction France. Delphine Poinsard, chargée de programmes au sein de Paris Habitat, nous raconte le projet.

Jaurès-Petit : le regard de Delphine Poinsard
Delphine Poinsard, chargée de programmes au sein de Paris Habitat © Guillaume Mussau

Transformer un ancien garage en logements est bien plus qu’une opportunité, c’est une façon d’inventer la ville de demain tout en produisant une offre qualitative et innovante en milieu urbain dense parisien. Pouvez-vous nous rappeler la genèse de ce projet ambitieux ?

Delphine Poinsard : À l’origine, le site était une copropriété sur une parcelle d’environ 8 000 m2, construite en 1968, qui s’étendait de l’avenue Jean Jaurès à la rue Petit. Elle comprenait trois éléments : deux immeubles d’habitation de 154 logements, chacun bâti en limite de voie, et un garage Renault en cœur d’îlot avec deux niveaux de sous-sol et six niveaux de superstructure. La Préfecture de Paris et d’Ile-de-France projetait de transformer le parking en fourrière. Ce projet n’ayant pas abouti, Paris Habitat s’est porté acquéreur et a mis en place les actions nécessaires à la scission de copropriété. En octobre 2016, après avoir établi un diagnostic technique, financier et foncier des trois ensembles, étudié finement leurs interfaces ainsi que la capacité de mutation du site, puis engagé un concours de maîtrise d’œuvre et préparé un état de division et les nouveaux règlements de copropriété, nous avons présenté le projet à l’assemblée générale de copropriété qui l’a approuvé. Ce projet, conçu par les agences d’architecture archi5 et Encore Heureux, proposait un nouvel îlot respectueux des riverains. Les vues ont été ménagées. Le choix de conserver la structure béton existante et de favoriser la filière sèche a aussi été guidé par la volonté de réduire les nuisances de chantier pour les riverains. Les socles des copropriétés ont été réorganisés et accompagnés par une mise en indépendance technique des parcelles. Objectifs premiers : réduire au maximum les déperditions de chaleur avec un dispositif performant, et recréer une unité de vie et d’accueil de qualité. Le projet accepté, la parcelle a été scindée en trois. Nous avons signé l’acquisition du terrain et déposé les permis de construire, dont celui du cœur d’îlot valant division.

En quoi le projet illustre-t-il les nouveaux modes d’habitation de la ville dense et permet-il d’innover tant sur la qualité d’usage que sur la mixité sociale ?

Delphine Poinsard : Le contexte se prêtait à la réalisation d’un ensemble mixte avec deux programmes de 149 logements au total. Paris Habitat a ainsi vendu la moitié de la parcelle à Emerige Résidentiel (Emerige) afin de développer une offre de 75 logements libres avec l’agence Encore Heureux. Sur sa parcelle, Paris Habitat a développé avec archi5 une offre de neuf maisons et de 65 logements collectifs comprenant du prêt locatif social (PLS) et du prêt locatif intermédiaire (PLI) répartis dans l’ensemble du bâti pour assurer une mixité réelle. Un local commercial vient compléter le programme. Ces logements sont traversants et bénéficient d’un jardin, d’un balcon ou d’une terrasse.

Jaurès-Petit : le regard de Delphine Poinsard
© Laurent Zylberman / Graphix-Images

Comment se traduisent les engagements environnementaux de Paris Habitat dans ce programme ?

Delphine Poinsard : Dans la lignée de nos ambitions, les propositions des architectes ont été très convaincantes. Très vite, nous avons décidé de conserver une partie de la structure en béton du parking existant pour bâtir le bâtiment d’Emerige. Ainsi, 700 bennes de gravats ont été évitées. L’effet a été très positif en termes de bilan carbone puisque d’une part, nous démolissions moins, et d’autre part, nous construisions avec des structures et des façades en bois ainsi que des plafonds en lamellé croisé (Cross Laminated Timber). En effet, pour la partie du programme réalisée pour Paris Habitat, la réhabilitation n’était pas adaptée car il aurait fallu transformer radicalement la rampe du parking. Ce sont 1 520 teq C02 (tonnes équivalent C02) qui ont été évitées grâce à l’emploi du bois au lieu du béton. En termes d’énergie pour la production de chauffage et d’eau chaude, le choix s’est porté sur le réseau CPCU vapeur. L’eau de pluie est récupérée pour assurer l’arrosage des plantations.

Avant même l’accès aux logements, le chantier matérialise pour les riverains et les usagers l’emprise physique de l’ensemble immobilier. Comment VINCI Construction France vous a accompagné pour améliorer son acceptabilité ?

Delphine Poinsard : Les équipes de GTM Bâtiment et Arbonis, en lien avec archi5, ont parfaitement compris les enjeux de Paris Habitat et les enjeux des riverains. Ils ont su faire preuve de professionnalisme et de réactivité, mais aussi d’empathie et de pédagogie pour maintenir un lien permanent avec l’ensemble des acteurs tout au long des concertations, en phase d’études et pendant le chantier. Cette vigilance de tous les instants était particulièrement précieuse. J’avais travaillé avec Sicra Ile-de-France sur un des lots de la ZAC Clichy-Batignolles (Paris XVII), mais c’était la première fois que je travaillais avec les équipes de GTM Bâtiment et Arbonis pour un chantier conjuguant construction et restructuration. Les travaux se sont enchaînés, et VINCI Construction France a été particulièrement performant et agile pour maîtriser les superpositions de planning avec l’entreprise de démolition qui l’a précédé.

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© Laurent Zylberman / Graphix-Images

Quels ont été les principaux atouts des équipes de VINCI Construction France dans le cadre de cette opération ?

Delphine Poinsard : Ce fut un plaisir de travailler avec une équipe impliquée, présente et rigoureuse. C’est appréciable de bâtir une confiance partagée sur ce niveau d’engagement. Au-delà de la bonne communication avec les riverains et l’ensemble des interlocuteurs, les équipes de GTM Bâtiment et d’Arbonis ont su maîtriser le phasage des travaux sur une parcelle enclavée et les exigences logistiques d’un site contraint avec un accès unique pour les camions et les engins lourds côté avenue Jean Jaurès, et un seul accès pour les livraisons et les approvisionnements côté rue Petit ! Les équipes ont été également force de proposition et d’accompagnement, y compris en matière de démolition. Elles ont toujours recherché des solutions pour faciliter le projet ou l’améliorer.

Tour Bois-le-Prêtre (Paris XVII) ou tour des Poissonniers (Paris XVIII), plusieurs opérations de Paris Habitat confirment qu’il est souvent plus écologique et plus économique de réhabiliter plutôt que de démolir. Avez-vous vu le monde de la construction et du montage évoluer sur ces questions ?

Delphine Poinsard : C’est un changement complet de paradigme et de culture qui veut que nous poussions désormais plus loin la réflexion sur ce qu’est la ville zéro carbone et la valeur qualitative des espaces urbains. Là où, auparavant, un bâtiment existant était regardé sous l’angle de ses seuls défauts techniques ou de ses désuétudes, ses qualités structurelles sont désormais étudiées comme des opportunités. Par exemple, nous ne démolirons pas la Tour des Poissonniers, bâtiment d’habitation construit en 1959 et héritage emblématique de l’urbanisme vertical. Cette tour de logements sociaux sera reconvertie en logements pour étudiants, jeunes chercheurs et jeunes actifs associés à une résidence des arts vivants exploitée par Sorbonne Université. La gestion de l’ensemble sera confiée au centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) de Paris. Il y a plus de dix ans, Paris Habitat s’était également engagé sur la réhabilitation ambitieuse de la tour de logements Bois-le-Prêtre, un projet qui a été récompensé du Prix de l’Equerre d’argent en 2011.

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© Laurent Zylberman / Graphix-Images

Autre enjeu programmatique majeur sur l’opération Jaurès-Petit : le bien-être des résidents. Quels leviers aviez-vous identifiés pour améliorer le bien-vivre des futurs habitants ?

Delphine Poinsard : Nous avons travaillé à ménager et à améliorer les vues sans pour autant construire trop haut ou densifier la parcelle. Nous avons également favorisé l’intégration de la nature dans un cœur d’îlot qualitatif et paysager, notamment avec l’apport de pleine terre. Plusieurs solutions qui participaient à la déminéralisation ont été mises en œuvre. Par exemple, la voie d’accès pompier commune aux deux programmes permet de limiter le sol minéral, car elle a été pensée sans zone de retournement. Plus globalement, pour l’ensemble Paris Habitat, nous respectons le Plan Climat Air Énergie de la Ville de Paris (RT2012 –20 %) et avons obtenu la certification NF Habitat HQETM niveau Excellent et le label effinergie+ sur les logements collectifs. Pour les bâtiments construits pour le compte d’Emerige Résidentiel, c’est la certification NF Habitat et le label BiodiverCity® qui ont récompensé le travail des équipes.

Les équipes de GTM Bâtiment et Arbonis ont su faire preuve de professionnalisme et de réactivité, mais aussi d’empathie et de pédagogie pour maintenir un lien permanent avec l’ensemble des acteurs.