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Maison des Avocats : témoignage d’Alexandre Moustardier

Sur le site de la nouvelle cité judiciaire du 17e arrondissement de Paris, face au Tribunal de Paris, la Maison des Avocats accueille les services de l’Ordre des avocats parisiens et de la Caisse des règlements pécuniaires des avocats (Carpa). Maître Alexandre Moustardier, gérant de la société civile immobilière (SCI) MOdA, acquéresse du bâtiment dessiné par l’architecte Renzo Piano, évoque le déroulement de ce projet phare de VINCI Construction France à forte valeur ajoutée technique, réalisé par Petit en entreprise générale.

Maison des Avocats : témoignage d’Alexandre Moustardier
Maître Alexandre Moustardier, gérant de la société civile immobilière (SCI) MOdA - © Anna Marchlewska

À travers la SCI MOdA, vous avez assumé, sur ce projet réalisé en Vefa (vente en l’état futur d’achèvement), un rôle clé de coordination pour le compte de l’Ordre des avocats, utilisateur du bâtiment. S’agissait-il d’un rôle nouveau pour vous ?

Pour l’Ordre des avocats oui, car un ordre n’a pas vocation à construire des bâtiments. Quant à moi comme avocat j’interviens régulièrement en droit de l’urbanisme et en droit de la construction, ainsi qu’en matière d’environnement. J’accompagne et conseille également de nombreux promoteurs et constructeurs dans le domaine des installations classées, de l’énergie et de l’aménagement urbain. Sans avoir jamais été maître d’ouvrage, j’étais préparé à aborder des sujets sur les plans juridique, contractuel et de la préparation de projet. La réalisation concrète au quotidien a été, quant à elle, une découverte.

Quels étaient les enjeux de l’opération et quels obstacles avez-vous rencontrés dans l’avancée de ce projet engagé fin 2012 par le bâtonnier Christiane Féral-Schuhl ?

Pour l’Ordre des avocats c’est un déménagement à forte portée symbolique, puisqu’il a quitté son siège historique de la place Dauphine, un immeuble du XVIIIe siècle inadapté aux besoins et aux « codes » du travail actuels mais situé au centre de la capitale, pour s’installer dans le 17e arrondissement face au nouveau Tribunal de Paris. Le mandat à la tête du barreau étant limité à deux ans, entre 2012 et 2020 il a fallu gérer ce projet en assurant la continuité entre six bâtonniers successifs. Il a fallu également vaincre la résistance au changement des avocats parisiens eux-mêmes : leur attachement au palais de justice de l’Ile de la Cité était viscéral. Mais les principales difficultés ont été d’ordre technique, en raison de l’exiguïté de la parcelle concédée par la Ville de Paris. Il s’agissait de loger sur cette petite parcelle de forme triangulaire un édifice qui se veut la maison de tous les avocats, conçue pour accueillir à la fois des services ouverts à l’ensemble des professionnels - bibliothèque, auditorium, salles de travail, business center... -, et les bureaux des 200 collaborateurs de l’Ordre. Le tout dans un bâtiment évolutif, avec une identité architecturale affirmée, s’accordant de manière équilibrée avec celle de son puissant voisin. Renzo Piano, l’architecte du Tribunal, est apparu le mieux à même de traduire ces ambitions avec son agence RPBW, et nous avons débuté le travail avec ses équipes en 2013.

Comment se sont déroulés vos premiers pas avec VINCI Construction France ?

C’est le développeur lyonnais Sogelym Dixence, retenu sur la base du cahier des charges et des premières esquisses de l’architecte, qui a confié la réalisation à Petit. Avec la solidité de VINCI Construction France, la réputation de Petit et le nombre de projets à leur actif, nous étions accompagnés par un partenaire capable de mener à bien la réalisation de ce bâtiment dont nous savions la complexité. L’Ordre des avocats est une petite structure, et parmi d’autres critères, ce binôme associant deux acteurs du bâtiment « à taille humaine » était la garantie d’une relation de proximité tout au long de l’opération. Les changements de gouvernance à la tête de l’Ordre auraient pu impacter l’organisation du projet et de la maîtrise d’ouvrage. Ce ne fut pas le cas, mais en tant que gérant de la SCI, je souhaitais une continuité des relations avec le promoteur et le constructeur. De fait, nous avons eu les mêmes interlocuteurs chez Petit de bout en bout, c’est l’une des précieuses clés de la réussite de cette opération : la fluidité, la qualité, la simplicité et la franchise de notre relation.

Vous avez évoqué la complexité technique du chantier. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans les solutions constructives mises en œuvre par VINCI Construction France ?

Je manquais d’expérience pour apprécier finement cette complexité. Mais j’ai passé beaucoup de temps à échanger avec les architectes concepteurs, l’encadrement, les ingénieurs des bureaux d’étude puis les équipes sur le chantier, afin de mieux comprendre les choses. Les équipes de Petit sont des techniciens passionnés prompts à faire entendre leurs expertises. Par exemple le pourquoi et le comment du système de fondations de ce bâtiment construit au-dessus d’infrastructures de transport de la RATP. Ou les caractéristiques de l’exosquelette. Ou bien encore la réalisation de la double peau, nécessitant de poser les vitres au millimètre près. À cet égard j’ai été très impressionné par l’utilisation de la maquette numérique sur ce projet. Dans le maniement de cet outil permettant de voir l’objet se construire dans tous ses détails, il y a une expertise technique qui va largement au-delà de la construction même. Cela m’a aidé à comprendre la nature et le déroulement des opérations. Et par là même, répondre aux questionnements de mes propres donneurs d’ordres. Chaque étape m’a été expliquée par des collaborateurs à l’écoute des usagers que nous allions être. C’est probablement un point commun entre le métier d’avocat et de bâtisseur : savoir rendre lisible auprès de son client le degré de difficulté et de complexité technique d’une affaire quand elle doit finalement apparaître la plus claire et la plus simple possible…

Maison des Avocats : témoignage d’Alexandre Moustardier
© Sergio Grazia pour Renzo Piano Building Workshop

Vous êtes spécialiste en droit de l’environnement. Pour revenir aux contraintes du programme sur ce sujet, comment VINCI Construction France a-t-il intégré les obligations du Plan Climat-Énergie de la Ville de Paris et plus particulièrement de la ZAC Clichy-Batignolles ?

Pour limiter l’empreinte écologique, nous étions tenus par des objectifs stricts de consommation énergétique, de valorisation des déchets et d’économie circulaire. Cependant notre ambition ne s’est pas arrêtée là. Nous voulions obtenir une certification HQETM, aujourd’hui confirmée, et un édifice qui envoie un véritable signal environnemental. Il aurait été plus facile d’atteindre les objectifs énergétiques avec une structure béton dotée de petites fenêtres, qu’avec un bâtiment ouvert, vitré et suspendu à son exosquelette de métal. Il y a eu une réflexion très poussée sur l’enveloppe de la Maison des Avocats, cette double-peau de verre qui fonctionne comme un système de climatisation naturelle. Les choses évoluent très vite en matière de construction durable. Avec un environnement urbain différent, un cadre réglementaire plus contraignant et des coûts plus compétitifs, peut-être pourrions-nous opter aujourd’hui pour un bâtiment en bois.

Les avocats ont-ils désormais adopté leur nouvelle maison commune ?

Après une première entrée dans les lieux le 2 mars 2020, la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 a reporté la « véritable » ouverture des portes au 17 mai, dans un premier temps en fonctionnement partiel puis plus largement à partir de la dernière semaine de juin. Je ne doute pas que l’appropriation va se faire rapidement. Même si le changement bouscule plus que les habitudes quotidiennes. Sur l’ancien site, les services étaient relativement cloisonnés comme l’étaient les bureaux, sans ouverture complète sur le jour et sur la ville comme c’est désormais le cas. À rebours de cette absence de transparence, la Maison des Avocats crée du lien, fait entrer la lumière et joue sur la transparence et la communication : vis-à-vis de l’extérieur, grâce à son enveloppe de verre, mais aussi à l’intérieur où les espaces de travail sont délimités par des cloisons en verre mobiles. Cela va de pair avec une certaine idée de la justice et du métier d’avocat.

Quel est votre sentiment dominant au moment où ce projet touche à sa fin ?

Alexandre Moustardier : La fierté. Nous avons imaginé et construit ensemble un bâtiment magnifique, à la fois proche et différent du Tribunal, qui participe du même esprit. Les équipes de Petit en sont fières elles aussi, et à juste à titre parce qu’elles ont réalisé ici des prouesses technologiques. C’est pour moi la démonstration de la valeur ajoutée d’un travail d’équipe qui a fonctionné en synergie au-delà des règles contractuelles.

Chaque étape m’a été expliquée par des collaborateurs à l’écoute des usagers que nous allions être.