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Rénovation de la Poste Colbert à Marseille : témoignage de Marie Escamilla

Entièrement réhabilité et réaménagé, le bâtiment Art Nouveau accueillera au 1er trimestre 2020 le nouveau Village La Poste de Marseille. L’opération menée en entreprise générale par VINCI Construction France, associe les équipes de Travaux du Midi pour les terrassements, les fondations, le gros œuvre et le pilotage des corps d’état, et celles de Girard pour la partie patrimoniale. Alors que les travaux se poursuivent, Marie Escamilla, responsable de projets chez Poste Immo, nous fait partager sa vision de l'opération et du chantier.
Rénovation de la Poste Colbert à Marseille : témoignage de Marie Escamilla
© Thierry Cheminet / Poste Immo / Groupe La Poste 

À quelle ambition répond la création du Village La Poste de Marseille ? Le terme « village » évoque un espace collectif qui est davantage qu’un simple lieu de travail...

L’objectif premier consiste à rassembler sur un même site les fonctions transversales et supports de l’entreprise – au niveau de la région : direction régionale, direction du courrier, direction des Ressources humaines, services juridique, immobilier, etc. – en fait l’ensemble des services non opérationnels. Ceci, afin de renforcer la cohésion du Groupe, et de favoriser par là sa transformation et son développement. Les quelque 430 postiers qui seront regroupés à compter du 1er trimestre 2020 dans la Poste Colbert, sont aujourd’hui éparpillés sur une dizaine de sites différents à travers la ville de Marseille. Mais vous avez raison, selon le modèle innovant que nous avons déjà expérimenté à Nantes, Lyon, Strasbourg, Paris et Bordeaux, le Village La Poste se veut un lieu à vivre autant qu’à travailler. Dans ce but, en plus des espaces de bureaux modulaires, évolutifs, conçus pour encourager le travail collaboratif, le projet intègre de nombreux lieux de vie où les salariés pourront se rencontrer, échanger, partager, créer du lien de façon informelle. Le tout dans un cadre valorisant, confortable et moderne. L’ambition consiste en résumé à créer un lieu de partage pour mieux travailler ensemble.

Pourquoi avoir choisi, pour donner corps à ce projet, le bâtiment de la Poste Colbert ?

Depuis sa construction, achevée en 1891, jusqu’à sa désaffectation en 2012, ce vaste édifice a abrité successivement des activités des Postes et Télégraphes, des bureaux puis un centre de tri du courrier. Le bâtiment perd sa fonction de bureau de poste, car il ne sera plus ouvert au public, il n’en incarne pas moins l’histoire du Groupe, son évolution. En faire notre nouvelle vitrine régionale avait donc du sens pour nos salariés comme à l’externe. Cet hôtel des Postes a une grande valeur patrimoniale : dessiné par l’architecte Joseph-Henri Huot, c’est un joyau Art nouveau bien représentatif de ce style post-haussmannien qui a marqué la fin du XIXe siècle. Sa silhouette caractéristique, avec sa tourelle télégraphique, est un repère dans le centre-ville. Les Marseillais se réjouissent, je crois, de voir revenir à la vie ce bâtiment emblématique qui fait aussi partie intégrante de l’histoire de leur cité.

Cet immeuble de 12 500 m2, ou peut-être faut-il parler d’îlot, compte tenu de ses dimensions, présentait également des atouts fonctionnels...

Oui, il se prêtait bien à la transformation imaginée par l’architecte Roland Carta, à qui la ville doit aussi la réhabilitation des nouveaux espaces culturels que sont le Silo, l’ensemble du Mucem-Fort Saint-Jean et le Musée d’Histoire de Marseille. Dans son projet de rénovation intérieure, il a souhaité conserver une distribution des espaces existants particulièrement intelligente et efficace, avec des « vertus organisationnelles » que n'ont pas toujours nos immeubles de bureaux actuels. Ajoutons que le bâtiment se situe dans un quartier en pleine mutation autour de la Porte d’Aix, avec la bibliothèque de l’Alcazar, l’Hôtel de Région et la future école d’architecture. Un quartier que la présence du Village La Poste, mais aussi de l’espace de coworking de 550 m2  qui ouvrira, contribuera à redynamiser. En tant qu’acteurs des territoires, cet objectif de revitalisation des cœurs de ville est très important pour Poste Immo et pour le Groupe La Poste.

Comment s’est traduite la volonté de conjuguer l’ancien et le neuf ?

Tout en exploitant au mieux ses potentialités, le projet s’est attaché à retrouver l’ampleur originelle de l’édifice, et à préserver son sens en conservant tout ce qui pouvait l’être du legs historique : l’enveloppe – les façades, les toits, la charpente bois, les murs en briques ou en pierres de taille, mais aussi les escaliers en marbre, les carrelages, les ferronneries, etc. Certains de ces éléments ont été remis en état, d’autres, comme les fenêtres en bois ou la magnifique verrière années 1930 du premier patio, refaits à l’identique sous l’œil de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF). Le chantier s’est fait en deux phases. Dans un premier temps nous avons curé, désamianté, déplombé le bâtiment. Une fois les démolitions achevées, début 2018, ont démarré les travaux de restructuration confiés à VINCI Construction France en entreprise générale. L’opération permet de porter la surface utile à 14 000 m2. Le Village La Poste intégrera notamment 500 postes de travail, de nombreux espaces partagés, un restaurant d’entreprise, trois patios végétalisés et un parking construit en sous-sol. Dans le deuxième patio, le hangar des années 1970 où le tri était effectué a été démoli et refait à l'identique en béton, de façon à créer au premier étage une terrasse semi-végétalisée accessible aux collaborateurs. Dans les bureaux en R+2, un entresol a été ajouté afin d’exploiter les grandes hauteurs sous plafond.

 

Rénovation de la Poste Colbert à Marseille : témoignage de Marie Escamilla
© Jérôme Cabanel 

Le tout, dans une démarche de développement durable qui va bien au-delà du respect des normes en vigueur...

Le projet vise la double certification HQE® Excellent, BREEAM® Excellent ainsi que le label BDM (Bâtiment Durable Méditerranéen) Or. Au-delà des cibles propres à chacun de ces labels, nous avons mis l’accent sur des objectifs génériques  : la performance énergétique du bâtiment avec un objectif de réduction des consommations d’au moins 40 % par rapport à la réglementation thermique applicable aux constructions existantes ; la qualité de l’air intérieur et le confort acoustique, liés notamment aux performances des matériaux utilisés ;  la biodiversité, à travers la création d’espaces végétalisés avec des espèces locales – même si le site est relativement contraint ; mais aussi une  gestion poussée des déchets d’activité. Tout le processus de construction, du choix des matériaux aux modes de réalisation des travaux, a été impacté par cette démarche de certification.  VINCI Construction France a mis en place un suivi du chantier à toutes les étapes pour s’assurer de la bonne intégration de ses exigences. L’entreprise a également participé à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une stratégie de communication ambitieuse auprès des riverains du chantier et des autres parties prenantes.

D’une manière plus générale, au-delà de l’expertise technique, quelles ont été les valeurs ajoutées des équipes de VINCI Construction France ?

J’ai suivi de nombreuses opérations, étant dans la maîtrise d’ouvrage depuis quelques années maintenant, et pour moi un chantier reste avant tout une aventure humaine. La clé de la réussite réside dans la relation de proximité construite entre l’entreprise, la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage. Cette qualité de relation existe ici, il y a une vraie transparence dans les échanges, une ambiance saine dans laquelle chacun joue le jeu. À chaque fois j’ai plaisir à descendre sur le chantier et à retrouver ses acteurs. Les équipes de Travaux du Midi et de Girard se sont montrées très réactives et patientes ! Le maître d’œuvre n’ayant pu accéder à tout le bâtiment lors du diagnostic initial, des problèmes de structure ont été découverts à l’issue des démolitions des différentes couches de faux-planchers et de faux-plafonds. Ces aléas inhérents à la réhabilitation ont conduit à revoir certains éléments du programme et retardé de quelques mois le chantier. Mais les problèmes ont été bien gérés, car il y a eu toujours une volonté de faire passer le projet en priorité sans camper sur des positions contractuelles. L’entreprise a été force de proposition à chaque fois qu’il a fallu imaginer des solutions imprévues. On sent aussi que ses collaborateurs aiment ce bâtiment. Cela s’est traduit par un grand respect du projet et un soin méticuleux apporté aux détails. Ajoutons une extrême vigilance apportée aux questions de sécurité et de nuisances générées, sur ce chantier situé en hyper-centre urbain, avec des travaux lourds dans un espace restreint, qui appelait donc des précautions particulières.

Ce chantier s’inscrit dans un plan de revalorisation du foncier du Groupe La Poste, que Poste Immo met en œuvre actuellement un peu partout en France. Menez-vous dans ce cadre d’autres opérations avec VINCI Construction France ?

À ce jour on en compte trois, à Paris. Rue de la Boétie, les équipes de CBC et de Sicra Ile-de-France ont livré en 2018 le projet de restructuration en surfaces tertiaires et bureau de poste d’un immeuble remarquable de style Art déco construit à la fin des années 1920. Boulevard de Vaugirard, les travaux de réhabilitation du Musée de la Poste s’achèveront cet été 2019. Dumez Ile-de-France y est responsable de la démolition, du gros œuvre et de clos-couvert. Enfin, 8 Campagne Première, le chantier de reconversion en logements et crèche d’un immeuble construit au début des années 1940 par Michel Roux-Spitz, grand nom de l'architecture de cette époque, se poursuit Boulevard du Montparnasse en partenariat avec Cogedim et d’autres équipes de Dumez Ile-de-France. Dans les trois cas, il s’agit d’offrir à des bâtiments présentant un intérêt historique et architectural une nouvelle vie qui répond aux exigences du XXIe siècle.

 

Rénovation de la Poste Colbert à Marseille : témoignage de Marie Escamilla
© Jérôme Cabanel