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La Samaritaine : un mythe en mode mixte

Jusqu’à 1 300 personnes mobilisées, dont 700 collaborateurs de VINCI Construction France, pour 70 000 m2 de surface : l’entreprise a mis son savoir-faire au service d’une des plus importantes réhabilitations de ces dernières années en Europe. Didier Duchêne, Directeur du Patrimoine des Grands Magasins de la Samaritaine, évoque pour nous la singularité de ce projet : accueillir dans ce joyau rénové – un tiers Art déco, un tiers Art nouveau et un tiers contemporain – non seulement l’iconique grand magasin mais aussi un hôtel, des restaurants, des bureaux, des logements sociaux et une crèche.

La Samaritaine : un mythe en mode mixte
Didier Duchêne, Directeur du Patrimoine des Grands Magasins de la Samaritaine © Augusto Da Silva / Graphix-Images

Lorsque vous regardez aujourd’hui touristes et parisiens arpenter l’escalier central qui mène à la verrière de la Samaritaine, quel regard portez-vous sur les cinq ans de travaux que vous venez de vivre ?

Didier Duchêne : Ce qui est fascinant, ce n’est pas de remonter cinq ans en arrière… mais bien cent cinquante ans en arrière ! Et de considérer la parenté entre le projet initial d’Ernest et Marie-Louise Cognacq-Jaÿ et le grand magasin que l’on peut admirer en 2021. Nous avons recréé un quartier là où, dès la conception du projet, se conjuguaient un premier tènement foncier côté Seine, un deuxième côté Rivoli et des concessions sous les voiries. Le rêve d’un magasin allant des quais de Seine à la rue de Rivoli est finalement devenu réalité. Les visiteurs retiendront bien sûr les médaillons et les décors extérieurs des façades, l’escalier monumental et la verrière électrochrome à l’intérieur qui sont la signature de cette cathédrale commerciale. Pour ma part, je retiens les aménagements architecturaux de haut niveau réalisés par VINCI Construction France pour le compte de l’exploitant du grand magasin, DFS Group (NDR : le leader mondial du travel retail), mais aussi les réalisations techniques en infrastructure comme les locaux à vélo nouvelle génération ou le système de géothermie et de stockage de glace, mis en œuvre avec CLIMESPACE et la CPCU, qui permet un chauffage responsable des bureaux.

Sous la houlette du groupe LVMH, comment cet îlot monofonctionnel s’est-il métamorphosé en kaléidoscope d’usages et en quartier multi-activités ?

Didier Duchêne : Le grand magasin de la Samaritaine avait fermé ses portes en 2005. Deux ans plus tard, LVMH a entamé une réflexion pour restructurer et réhabiliter l’ensemble de 70 000 m2 en plein centre de Paris. Objectifs : redonner au bâtiment sa splendeur d'antan et l’ancrer dans la modernité avec une réalisation contemporaine côté rue de Rivoli signée des Japonais de Sanaa (NDR : Pritzker Prize 2010) à la tête de la rénovation globale. La renaissance du grand magasin sur plus d’un tiers des surfaces est complétée par un hôtel, l’établissement parisien des Maisons Cheval Blanc, ainsi que des bureaux dans les étages supérieurs du magasin. L’idée d’y associer une crèche et des logements sociaux a germé par la suite, en partenariat avec la Ville de Paris et sous le contrôle des architectes des bâtiments de France. Une fois le projet défini, il a fallu le mettre en musique, modifier le plan local d’urbanisme dans le respect des grands enjeux de conservation des ouvrages classés au titre des monuments historiques, notamment pour autoriser la mixité d’usages au sein d’un quartier dont l’affectation précédente était exclusivement commerciale.

La Samaritaine : un mythe en mode mixte
© Salem Mostefaoui

Quelle a été la genèse du projet pour VINCI Construction France ?

Didier Duchêne : Une fois le permis de construire obtenu pour la Samaritaine fin 2012, nous avons décidé de travailler en corps d’état séparés. Les équipes de Petit ont été retenues en entreprise générale pour orchestrer l’ensemble des entreprises et piloter les lots de déconstruction et de reconstruction comprenant les travaux de gros œuvre, de clos-couvert et la logistique. Les propositions et recommandations des responsables de Petit ont très vite démontré leur capacité à comprendre nos besoins, à organiser et à gérer les entreprises choisies par le maître d’ouvrage. Le Conseil d’État ayant débloqué l’ultime autorisation administrative en juin 2015, les travaux préparatoires de ce chantier monumental ont enfin pu être engagés en septembre 2015.

Quels ont été les principaux défis constructifs ?

Didier Duchêne : La première année a représenté un enjeu fort, avec des opérations de déplombage et de déconstruction longues et complexes. Le cœur du bâtiment historique, qu’il a fallu déconstruire, était constitué d’une forêt de poteaux et de planchers à des hauteurs différentes. Comme beaucoup de bâtiments abritant des commerces, ce dernier avait subi de nombreuses modifications, invisibles au premier abord. Les équipes de VINCI Construction France ont contribué à la sauvegarde des bâtiments tout en rendant la structure et le volume plus homogènes, et en l’adaptant aux usages contemporains et aux normes actuelles. Dans une restructuration aussi lourde, le travail à réaliser pour maintenir, pour renforcer et pour contreventer les structures intérieures ou les façades à conserver au titre des engagements patrimoniaux est un élément majeur. Il a été conduit de façon remarquable. Les chevalements métalliques dans l’infrastructure de l’hôtel, par exemple, ont fait l’objet de soins exceptionnels. Un des points délicats du chantier fut aussi de protéger, de déposer parfois et de réhabiliter les éléments patrimoniaux sans les endommager :  l’escalier monumental, les garde-corps, la peinture ou la frise. Aujourd’hui, La Samaritaine apparaît telle qu’elle était en 1930, alors que les bâtiments avaient connu entre-temps des évolutions de la pensée architecturale comme la disparition des « fioritures » florales et exubérantes de l’Art nouveau sur les laves émaillées, dissimulées à l’aide de badigeon, au profit d’un vocabulaire Art déco plus pur et géométrique. Les engagements pris ont été entièrement respectés.

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© Stéphane Aboudaram / WE ARE CONTENT(S)

Quels ont été les atouts des équipes de VINCI Construction France auprès de votre équipe technique ?

Didier Duchêne : Le groupe LVMH avait déjà travaillé avec VINCI Construction France sur la Fondation Louis Vuitton (Paris XVI) inaugurée en octobre 2014. Il connaissait la compétence technique de l’entreprise, sa faculté d’adaptation ainsi que sa transparence dans les relations. Les échanges étaient donc facilités. Nous avions confiance dans les hommes de VINCI Construction France et dans leur capacité à entraîner leurs équipes, même face aux difficultés, pour garder le cap. L’approche de Petit sur le chantier de La Samaritaine s’est révélée exemplaire sur ce plan. Nous avons travaillé de bout en bout dans un profond respect mutuel.

Comment la dimension environnementale a-t-elle été prise en compte dans le projet ?

Didier Duchêne : La volonté d’incorporer un volet environnemental dans ce dossier était présente dès le choix des architectes, avec l’objectif de viser la triple certification NF HQETM, LEED® et BREEAM® pour l’hôtel, les commerces et les bureaux. Sur le chantier, cette exigence s’est par exemple traduite par une vigilance acoustique et vibratoire accrue. Au-delà d’un certain seuil de bruit, certaines zones de travaux étaient mises à l’arrêt pour ne pas nuire à l’école voisine. Tous les matériaux incorporés et mis en œuvre devaient par ailleurs avoir été produits à moins de 800 km. Un effort particulier a porté sur l’économie circulaire et les déchets. Plus d’un tiers des déchets du chantier ont été évacués par la Seine, en partenariat avec le groupe Paprec, permettant de diviser par cinq les émissions de CO2. Toutes les entreprises ont joué le jeu, et les équipes de Petit ont été particulièrement proactives.

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© Salem Mostefaoui

En quoi la mixité d’usages attendue a-t-elle pu complexifier la phase d’exécution ?

Didier Duchêne : Réunir plusieurs vocations dans un même lieu a naturellement généré la juxtaposition d’approches et d’intervenants. Pour Petit, cette organisation a amené de la complexité. La faculté de compréhension et d’adaptation rapide est dans ce cas primordiale. A présent que les travaux sont achevés, les entités locataires des différents espaces et des équipements de la Samaritaine gèrent eux-mêmes les aspects techniques et logistiques.

Quel rôle avez-vous à présent ?

Didier Duchêne : Notre rôle de gestionnaire de patrimoine est d’assurer nos responsabilités vis-à-vis d’un établissement relevant du public (ERP). Nous devons veiller au respect permanent de toutes les règlementations ayant trait à la sécurité, notamment la sécurité incendie, et par conséquent suivre de près les démarches modificatives des lieux, déjà fréquentes pour le grand magasin et les bureaux. La Samaritaine doit désormais vivre, mais son squelette doit être préservé ! Nous sommes donc le référent de la Samaritaine auprès de la commission consultative de sécurité et d’accessibilité de la préfecture de Police de Paris et de la direction de la Voiries et des Déplacements de la Ville de Paris. La Samaritaine et ses bâtiments constituant un véritable quartier, il est important que les voiries soient bien nettoyées par les services de la Ville, et que les espaces verts alentours et les plans d’eau de la placette entre les rues de la Monnaie et du Pont Neuf soient bien entretenus par nos soins. Nous sommes aussi très attentifs à ce que toutes les livraisons de marchandises, par et pour l’ensemble des entités locataires, se fassent de manière raisonnable et raisonnée. L’aire de livraison interne fonctionne ainsi via une plate-forme tournante, avec des camions qui manœuvrent toujours en marche avant et qui repartent dans une rue à sens unique.

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© Stéphane Aboudaram / WE ARE CONTENT(S)