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Transparence et équilibre pour la Maison des Avocats, Paris

Réalisée par Petit en entreprise générale, la Maison des Avocats parachève la nouvelle cité judiciaire parisienne édifiée au cœur de la ZAC de Clichy-Batignolles (Paris XVII). Un bâtiment lumineux, situé au plus près du Tribunal de Paris, et qui se révèle d’une rare complexité architecturale et constructive.

Transparence et équilibre pour la Maison des Avocats, Paris
Maison des Avocats, Paris

Le 8 janvier 2020, à l’issue d’un chantier de trois ans, les équipes de Petit, filiale de VINCI Construction France, ont livré la nouvelle maison commune des avocats de la capitale, un immeuble de huit étages et de 7 150 m². Si les services de l’Ordre des avocats parisiens et de la Caisse des règlements pécuniaires des avocats (Carpa), dédiés aux 30 000 robes noires de la capitale, ont dû patienter durant les quelques semaines de confinement national au printemps, les locaux prennent désormais vie. Le bâtiment complète le triptyque judiciaire des Batignolles aux côtés du Tribunal de Paris et de la nouvelle direction régionale de la police judiciaire, réalisée par Campenon Bernard Construction entre 2014 et 2017.

Conçue par Renzo Piano Building Workshop (RPBW), la Maison des Avocats affiche une parenté avec le Tribunal de Paris : les deux édifices ont en commun des façades en verre extraclair symbolisant la transparence de la justice, une même recherche de cohérence dans l’expression des éléments structurels chère au maître d’oeuvre.

L’identité de la Maison des Avocats tient à son architecture aérienne, qui tire parti des fortes contraintes du site que les équipes ont su maîtriser », souligne Julien Ischer, directeur régional, Petit. Du fait de la présence en sous-sol de nombreux ouvrages – lignes 13 et 14 du métro, tirants du Tribunal – et réseaux, seul un tiers de la parcelle triangulaire de 1 125 m² était disponible pour ancrer le bâtiment. Celui-ci repose sur 24 pieux de béton atteignant jusqu’à 1,2 m de diamètre. « En phase de projet puis d’exécution, nos modélisations 3D des contraintes géotechniques ont permis d’optimiser la longueur de ces pieux de fondation, ramenés de 50 à 20 m, tout en minimisant l’impact sur les ouvrages existants », explique Aurélie Delvallée, ingénieure, Structures Geotechnics (SGEO).

Autre réponse aux défis imposés par le site : la légèreté d’une structure qui survole le terrain avec ses deux porte-à-faux, l’un de 27 m à la pointe avant du bâtiment, l’autre 8 m sur 40 m de large à l’arrière. L’ensemble est soutenu par un exosquelette métallique - qui rapporte les charges sur cinq points d’appui montés sur des boîtes à ressorts –, par le noyau central en béton où logent les circulations verticales, et par quatre doubles poteaux en acier hauts de 31 m. 

Expérimental et maîtrisé

« L’exosquelette a été préfabriqué en atelier par trames qui ont ensuite été soudées entre elles sur chantier avec une précision millimétrique », détaille Édouard Luce, chef de groupe Travaux, Petit. Une peinture intumescente assurant la stabilité au feu de l’édifice et la double peau vitrée des façades sont venues ensuite habiller sans la dissimuler cette charpente avec ses motifs en chevrons. Dans la même volonté de “montrer la structure“, les bétons des voiles et des planchers sont apparents et calepinés avec une qualité de réalisation dépassant les standards. « Chaque béton a fait l’objet d’une formulation spécifique, chaque étape de la mise en oeuvre a appelé une solution sur mesure, relève Mickaël Coutinho, chef de groupe Travaux, chargé de cette partie du chantier pour Petit. Notamment la réalisation des planchers, coulés en place et coffrés sous la charpente après l’assemblage de la structure, grâce à des systèmes de tables coffrantes et de suspension inédits. »

Le déroulement du chantier a été déterminé par la géométrie de l’ouvrage qui a évolué au fil de la construction. « Afin de compenser ses déformations sous le poids croissant du bâtiment, la structure métallique a été montée avec une contreflèche de 10 cm à la pointe de l’ouvrage, raconte Édouard Luce. Puis au fil des opérations de gros oeuvre, l’ensemble est redescendu progressivement à son niveau définitif. » La touche finale ayant été apportée par la pose de la façade pendulaire, constituée de blocs de verre indépendants qui accompagnent les mouvements du bâtiment.

Dans un projet si complexe, la modélisation numérique a représenté un facteur clé de réussite. Depuis les premières études jusqu’à la remise du DOE (dossier des ouvrages exécutés) conçu pour faciliter la maintenance et l’exploitation du bâtiment, tout a été géré sous BIM (Building Information Modeling), dans un partenariat entre architecte, bureaux d’études et entreprise. Autres applications du numérique : le contrôle par scan 3D des déformés de la structure ainsi que la modélisation de modes opératoires à risques, « en particulier la fabrication des planchers, précise Mickaël Coutinho, ce qui a eu pour effet de rassurer nos compagnons sur leur capacité à maîtriser en propre une opération quasi expérimentale ».

J'ai été très impressionné par l'utilisation du BIM sur ce projet. Dans le maniement de cet outil qui montre l'objet se construire dans tous ses détails, il y a une expertise technique qui va largement au-delà de la construction même.

Lire l'intégralité du témoignage d'Alexandre Moustardier, avocat et usager de la Maison des Avocats