Actus & Dossiers / Témoignages

Les enjeux des transports urbains pour SNCF Réseau

Les travaux menés dans des zones urbaines très denses obligent les entreprises à apporter un réel savoir-faire en matière d'intervention dans ces zones contraintes, en réduisant les nuisances, en assurant la poursuite de l'exploitation du réseau existant et en s'inscrivant dans un cadre de développement durable. Patrick Jeantet, président-directeur général de SNCF Réseau, détaille les enjeux actuels des transports en commun. 

Les enjeux des transports urbains pour SNCF Réseau
Patrick Jeantet, président-directeur général de SNCF Réseau © CAPA Pictures/Stéphanie Jayet

Quelle est votre vision de l’avenir des transports urbains ?

D’abord, je veux souligner que la loi de réforme territoriale, qui a créé les grandes régions, est pour nous très positive, car elle simplifie le « mille-feuille » institutionnel. Désormais, les compétences en matière de transports et de mobilité seront assurées à deux niveaux, l’urbain (par les agglomérations) et le régional. Cela facilitera l’élaboration de stratégies de mobilités régionales et multimodales afin de mieux répondre à l’évolution des attentes et des besoins de déplacement.

Au niveau de l’urbain, le sujet le plus complexe à traiter est celui des nœuds multimodaux : ces lieux où les passagers passent d’un mode à l’autre, où il faut favoriser la fluidité. La gare ferroviaire est l’épicentre, où se trouve la plus forte croissance de la demande de transport. L’un des grands projets de SNCF Réseau, dans les années à venir, est d’investir massivement dans ces grands nœuds ferroviaires, pour les rendre plus robustes et efficaces.

Moderniser le réseau existant semble crucial. Quels sont, plus largement, vos priorités dans ce domaine ?

L’âge moyen de nos rails est, en France, de 33 ans, contre 17 ans en Allemagne. Lorsque les voies et les signalisations vieillissent, la qualité du service se détériore : nous sommes en train d’investir pour y remédier.

Notre ambition est aussi de créer des centres de commande pour remplacer les postes d’aiguillage classiques, comme aujourd’hui à Lyon. Ils fonctionnent comme des « tours de contrôle » capables de télécommander les aiguillages de toute une région, ce qui rend bien plus efficace l’exploitation ferroviaire.

Le projet EOLE consacre une des ambitions majeures de SNCF Réseau, c’est-à-dire créer le modèle du Mass Transit à la française grâce à l’innovation CCU (centre  de commande unifiée)-NexTEO (système de contrôle des trains nouvelle génération) et  la réalisation d’une prouesse technologique : réaliser des travaux et deux gares nouvelles sous terre en zone dense comme sous le quartier d’affaires de la Défense tout en maintenant l’exploitation des sites.

Un autre chantier majeur est lié à l’arrivée en Île-de-France des rames de nouvelle génération. Plus larges, elles consomment plus d’électricité car elles sont climatisées et plus puissantes, tout en étant exploitées dans une infrastructure ancienne. Les impacts à gérer sont donc très nombreux : hauteur des quais, croisements, alimentation, signalisation, adaptation des ateliers de maintenance, etc.

Un autre axe important est la redynamisation des quartiers situés autour des gares, surtout dans les villes de taille moyenne. Nous lançons de nombreux projets en partenariat avec les collectivités : opérations immobilières, création de centres d’affaires, culturels, sportifs, etc.

Quels seront les moyens alloués à ces priorités, dans les prochaines années ?

Outre les 2,2 Md€ consacrés chaque année aux dépenses de maintenance, l’investissement de rénovation du réseau augmente. Il atteint un montant de 2,6 Md€ en 2016 contre 1,5 Md€ en moyenne ces dernières années, et passera à 3 Md€ à l’horizon 2020, soit un doublement en 10 ans. Ces mises de fonds seront concentrées sur la régénération du réseau structurant et sur les grands nœuds ferroviaires. Elles s’inscrivent dans un contrat de performance avec l’État, qui a été approuvé et qui nous donne de la visibilité à long terme.

Il faut également noter que les moyens alloués aux régions pour le renouvellement des réseaux ferroviaires vont passer de 600 à 900 M€ dans les années à venir.

Quels sont les principaux défis liés au projet Eole et aux futurs chantiers du Grand Paris Express ?

Les travaux doivent être menés dans des zones urbaines très denses, en réduisant les nuisances et en assurant la poursuite de l’exploitation du réseau existant : par exemple, le projet Eole, qui doit soulager le RER A, se greffe sur la ligne Paris-Mantes qui est déjà saturée et ne peut connaître d’interruption de service.

Les entreprises de construction doivent apporter un réel savoir-faire en matière d’intervention dans ces zones contraintes en s’inscrivant dans un cadre de développement durable et de responsabilité sociale d’entreprise en favorisant l’insertion (-7% des heures travaillées).

Justement, quelles sont vos attentes par rapport à une entreprise comme VINCI Construction France ?

Hormis le savoir-faire technique, il est important, dans des chantiers complexes, de bénéficier d’un interlocuteur unique, grâce à une direction de projet unifiée. Nous comptons industrialiser davantage notre production et  souhaitons externaliser beaucoup plus en privilégiant les contrats « clés en mains », de véritables contrats de performance.

En savoir plus avec le dossier thématique "Transports urbains : le nouvel âge des réseaux".